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Kopanas point com : page principale

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Je m’appelle Manos Xanthakis. Profession : lieutenant de police. Je suis Grec. Mon nom vous dit sûrement quelque chose. Fouillez votre mémoire. Il y a quelques années… Athènes, l’affaire Kopanas… Avec des ramifications vers Gortyne, Agia Deka, Mycènes…

Le centre : la ville de Strasbourg, ou plutôt, le campus universitaire. Rappelez-vous : Bérénice Ohlberg, titulaire d’une chaire de Grec ancien à l’Université Marc Bloch de Strasbourg. Je doute que vous ayez oublié cette sombre histoire. Sombre, oui. Avec des côtés baignés de soleil, comme la colline de l’Acropole…

***

Tout a commencé le jour où j’ai rencontré cette jeune fille. Un jour assez terne du mois de février. Il y avait un vent terrible. La journée avait mal commencé. Mikis, mon collaborateur n’arrivait plus à mettre la main sur un dossier important. Une affaire urgente, pourtant. Le ton avait commencé à monter. Je ne supporte pas le désordre de Mikis. Bref, j’étais d’une humeur de chien.

Quand elle est entrée, ma première réaction a été de jurer tout bas. Pourtant, elle n’avait pas l’air d’une femme à embrouilles. Une toute jeune femme. Toute frêle. Elle tombait mal, c’est tout.

Elle hésitait au seuil du bureau, je lui ai dit d’entrer d’un ton rogue. Elle a fait un pas, s’est arrêtée, je l’ai apostrophée assez grossièrement. Encore une fois, c’était un jour où je ne supportais rien. Peut-être aussi que j’ai senti que cette femme n’allait m’apporter que des ennuis. Une intuition, en somme, comme j’en ai parfois, assez rarement, il faut bien l’avouer…

Quoi qu’il en soit, elle a fini par entrer. Elle s’est assise sur le siège que je lui ai désigné, en face de mon bureau, en me dévisageant d’un air perplexe.

Rien à faire. Il fallait lui adresser la parole. Lui demander ce qu’elle venait faire ici, à cette heure. En feignant la courtoisie. La courtoisie ! C’est justement ce dont j’étais à mille lieues, ce matin-là ! La courtoisie…

C’est Mikis qui m’a sorti d’embarras, m’empêchant de poursuivre sur la voie de la grossièreté sur laquelle je venais royalement de m’engager, à l’égard d’une jeune femme innocente. Innocente ? Voire…

Personne n’est innocent, c’est le B.A.-BA de mon métier ! Dans la police, si tu ne pars pas du principe qu’il n’y a que des coupables, y compris toi, tu es fichu ! Les circonstances atténuantes, l’innocence, c’est le job des avocats. Moi, mon job, c’est de coincer les gens !… Ou plutôt, non ! Coincer la Vérité.

- Vous désirez, Mademoiselle ?

Ah, il me fait marrer, Mikis ! À la place de la demoiselle, je lui aurais répondu avec un grand sourire :

- Mettez-moi un kilo de ces belles tomates !

Mais visiblement la fille n’était pas d’humeur folâtre, elle a balbutié quelque chose comme :

- C’est pour une plainte, je...

J’ai explosé :

- Attendez ! Vous voulez déposer une plainte ? C’est à quel sujet ? J’espère que vous avez un bon motif, parce que mon collègue et moi, on est débordés et...

Un coup d’œil à la donzelle, elle était complètement démontée. Allons bon, elle n’allait quand même pas éclater en sanglots !

 

Et c’est ainsi que tout a commencé. J’ai reçu sa plainte, contraint et forcé. Une affaire pas banale de lettres volées. Des lettres que personne n’avait vues, sauf elle. Et pas n’importe quelles lettres. Des lettres autographes d’Isadora et de Raymond Duncan, s’il vous plaît.

C’est de là que tout est parti.

Et maintenant que tout a pris une telle ampleur et dérapé de façon si magistrale, j’ai eu envie de créer ce site. Reprendre l’affaire à zéro. Tout recommencer et trouver la vérité. La vraie vérité. Vous voyez ce que je veux dire ? Non ? C’est que vous ne travaillez pas dans les milieux de la police et de la justice…

Bref, aujourd’hui, oui, aujourd’hui, 3 février, jour anniversaire de ma rencontre avec Anaïs Trumann, j’ai décidé de télécharger peu à peu toute l’enquête sur cette affaire. Étaler ces histoires (pas si vieilles) sur la toile du web ! L’idée m’excite. Internet, c’est comme une immense toile d’araignée. Un labyrinthe. Oui, un Labyrinthe. Avec peut-être, qui sait, un monstre tapi en son centre. Un monstre qu’il suffit de débusquer.

Quoi ? Vous pensez que je suis fou ? Peut-être. Mes collaborateurs ne sont pas loin de le penser. Peu m’importe. Moi, je traque la vérité. La VÉRITÉ. Vous entendez ? LA VÉRITÉ !

Avis aux amateurs ! Vous êtes bien sur Kopanas.com. Si le cœur vous en dit, vous pourrez cliquer quand vous voudrez sur les liens indiqués qui vous renverront à d’autres sites amis. Et surtout, surtout, communiquez ! CONTACTEZ-MOI ! manos@voila.fr Vos courriels seront insérés dans le site, et vous contribuerez ainsi à sa mise à jour permanente.

De cette façon, j’espère obtenir du juge Lokias une révision du procès (Le procès de Kopanas).

L’affaire a été bouclée, certes. Mais pas comme il aurait fallu. Non, vraiment, la façon dont cette affaire a été conclue ne me satisfait pas. Je subodore que la vérité, toute la vérité n’a pas été faite. Qu’elle se trouve ailleurs, tapie dans un no man’s land, là où personne n’a eu l’idée de la chercher. Et j’éprouve pour la première fois de ma vie le désir de revenir sur une enquête terminée. Terminée, oh oui ! ô combien !

Ce que j’espère ? Trouver des échos. Des interlocuteurs. Profiter de la toile du web pour découvrir des témoins inconnus, des collaborateurs inattendus. J’ai la certitude qu’à nous tous, nous autres, tous les internautes (et Dieu sait si nous sommes nombreux !), nous pouvons trouver du nouveau. Oui, du nouveau. Même si c’est une entreprise qui risque de ne pas être du goût de tout le monde.

 

***

Pour en revenir aux lettres volées, objet de la présence d’Anaïs Trumann dans mon bureau ce matin-là, je ne peux pas dire que j’ai mesuré aussitôt l’importance de cette affaire. Bien entendu, comme tout un chacun, j’avais entendu parler d’Isadora Duncan, la célèbre danseuse américaine, « la danseuse aux pieds nus », ne serait-ce que parce que je savais qu’elle avait été inspirée pour son art par la Grèce antique.

 

Mise à jour du 16 mars :

Voici ce que m’écrit Louis Béraud, notre fidèle visiteur (et ami). N’hésitez pas, vous aussi, à me communiquer vos propres informations. Je ne manquerai pas de les insérer dans ce document dont les mises à jour seront régulières. Même si certains éléments sont contradictoires avec mes renseignements ou se contredisent entre eux, nos lecteurs, perspicaces, sauront faire le tri dans ces textes originaux !

Louis Béraud écrit :

« On dit que ce fut par un vase antique qu’en sa propre enfance Isadora Duncan reçut la révélation de l’art grec : une révélation profonde, entière, totale, — un de ces chocs mystérieux qui révolutionnent l’être humain en formation et décident de sa destinée.

La distance était grande entre la Grèce et l’Ouest américain — la distance géographique et sans doute aussi la distance ethnique, mais c’est le privilège du génie grec de franchir comme le rayon de lumière toutes les frontières et, comme l’a dit M. de Coubertin dans ses Souvenirs d’Amérique et de Grèce : ils sont légion ceux qui, depuis la suite des temps, ont rêvé de refaire de la vie avec des morceaux de la divine Hellade.

Isadora Duncan se rendit en Grèce et, dit encore l’artiste que nous venons de citer : « Elle dansa au théâtre de Bacchus et baisa passionnément la chaude poussière rose de l’Attique, divin mélange coloré par les cendres du grand Pan unies à celles des nymphes rougissantes ».

 

Précisons que cet article n’est qu’une introduction à un ouvrage de près de deux cents pages qui est disponible en téléchargement ! Voulez-vous en lire l’introduction ? Clic ! [produncan.pdf]

 

Bien-sûr, à l’époque, je n’avais qu’une vague idée des rapports d’Isadora Duncan avec la Grèce, mais Anaïs Trumann ne se contenta pas, ce matin-là, de se plaindre. Elle me donna aussi de précieux renseignements.

J’appris d’abord qu’Anaïs travaillait comme danseuse au Centre de recherche sur la danse, situé dans la commune d’Athènes, sur la colline de Kopanas. C’est un bâtiment conçu et construit en partie par le frère d’Isadora, Raymond Duncan, en 1903, avec la pierre de Pendeli, sur le modèle du Palais d'Agamemnon à Mycènes.

Il était destiné à abriter le rêve d’Isadora Duncan pour « un Temple de la Danse », dans le berceau de la civilisation qui l'avait tant influencée et inspirée. Raymond, le frère chéri de la célèbre danseuse avait élu comme l’endroit idéal la colline de Kopanas, située exactement à la même hauteur que la colline de l’Acropole dont elle offre une vue magnifique, ainsi que sur le Golfe Saronique

Il faut savoir que la Mairie de Vyronas, pour rendre hommage à l'œuvre et à la contribution d’Isadora Duncan à la vie culturelle et à l'histoire grecque, a entrepris la reconstruction du bâtiment, classé parmi les monuments modernes par le Ministère grec de la Culture.

C’est dans ce monument historique qu’Anaïs a fait la découverte, abandonnées dans une cave du bâtiment commencé par Raymond mais inachevé faute d’argent, les fameuses lettres autographes de Raymond et Isadora.

Je dois dire qu’à l’époque je n’ai pas prêté une oreille très attentive aux propos d’Anaïs. Il est vrai que j’étais bien peu préparé à écouter cette histoire qui me paraissait ressortir plutôt de la fable, inventée par une jeune fille assez fragile… De là à la juger hystérique…

Je me gardai pourtant de franchir le pas. Après tout, Anaïs était charmante, l’affaire sortait de l’ordinaire, de quoi me tirer d’une routine assommante. Je décidai aussitôt, sans trop savoir pourquoi, de recevoir sa plainte.

Je n’eus pas d’abord à m’en repentir. La délicate jeune fille, à l’air si bien élevé, avait mis la main sur une affaire assez croustillante, semblait-il… Le ton des lettres, très libre, semblait indiquer une intimité plus qu’étroite entre le frère et la sœur.

Quoi ? Une affaire d’inceste, à près d’un siècle de distance ? De quoi étoffer le mythe déjà scandaleux de la danseuse américaine qui avait défrayé la chronique, avec ses nombreux amants dont au surplus la célébrité rendait la vie de l’artiste… affriolante !

Ainsi le véritable, le grand amour de sa vie… aurait été son propre frère, Raymond ! À côté du metteur en scène Gordon Craig, du milliardaire Paris Singer, du poète russe alcoolique Essenine… Qui étaient déjà de beaux fleurons à son actif ! Ah, le beau scoop !

Bon.

Nous sommes au tout début, pour ainsi dire à l’aube de cette affaire. Pour l’instant, je ne fais que prendre une déposition, recevoir une plainte. Ces lettres, je ne sais même pas si elles existent, puisque précisément je ne viens d’apprendre leur existence que parce qu’elles ont disparu ! Et qui me dit que cette jeune fille n’est pas en train d’affabuler, en un mot de se payer ma tête ?

Ce matin-là cependant, tout avait mal commencé, j’étais d’une humeur massacrante : j’ai décidé, comme ça, sur un coup de tête, d’ajouter foi à cette histoire. Une histoire qui me plaisait bien, qui m’attirait… Quant à mon affabulatrice, elle n’était pas trop mal non plus ! Une jolie blondinette aux yeux de porcelaine, toute mince, toute menue… Un physique de danseuse.

Alors moi qui d’habitude n’apprécie que les brunes bien en chair, je l’ai regardée avec sympathie, presque avec tendresse… Si j’avais pu savoir sur quel terrain je m’engageais…

Mise à jour du 16 mars :

Décidément vos réactions sont diverses et variées ! Je ne résiste pas au plaisir d’insérer ce message qui ressemble à une lettre d’injure, signée d’un pseudo, donc une sorte de lettre anonyme, comme le web le favorise parfois. Si je l’insère, c’est juste pour prouver le caractère authentique de ma démarche et aussi pour vous montrer que mon enquête, comme je le pressentais, n’est pas du goût de tout le monde, eh non ! Bref, voici ce message, in extenso :

 

« Objet : Aïe !

Quelle prétention que cette enquête ! L’auteur (un policier) use et abuse des apostrophes à des lecteurs qu’il estime devoir être innombrables ! Dans un style confus et désordonné, il relate une histoire où il mêle des éléments de sa vie personnelle - peu palpitante - et des faits ultra-connus se voulant nouveaux. Jamais je n’avais lu pareil immondice, d’un point de vue moral, comme toute insulte à la Beauté et à la Vérité, c’est grave. La tragédie bien pathétique d’un policier raté.

Hannibal, Florence, Italie ».

 

Inutile de vous dire que j’ai pris ce message de style à la fois précieux et ordurier comme un encouragement à continuer, avec la certitude que mon entreprise dérangeait certaines personnes... Et je crois savoir lesquelles... Mais n’anticipons pas. J’ai quelques autres « scoops » dans ma manche. Je vous en ferai part en temps utile...

 

- Je travaille au centre de recherche sur la danse de Kopanas. Mon maître de ballet s’appelle Kostas, Kostas Daniélidès.

Je connais ce Kostas. Il donne des spectacles un peu partout à Athènes, en Grèce, mais aussi dans le monde entier. Je ne m’intéresse pas spécialement à la danse, mais je sais qu’il a une grande notoriété dans le milieu. Pour le moment, j’enregistrais simplement les propos de la demoiselle. Avec un œil sur ses jeux de physionomie.

Je ne me prends pas pour un fin psychologue, mais enfin, là, c’était flagrant… Le regard de la douce jeune fille s’était mis à pétiller en parlant du grand danseur. Oui, je le voyais, hélas ! Si jamais j’avais eu des visées sur la jeune fille, j’avais un rival redoutable dans la personne de ce Kostas… Je feignis l’ignorance, teintée d’un flegme et d’une indifférence très calculées…

- Kostas Daniélidès... N’est-ce pas ce célèbre danseur qui...

- Oui, lui-même ! Je savais que vous le connaîtriez, il est...

- Merveilleux, je sais ! Mais, dites-moi, il n’est pas le seul enseignant, au Centre ?

- N... Non ! Mais, comme je vous l’ai dit, c’est lui le maître de ballet, il dirige les cours de danse, il est…

La patience n’est pas mon fort. Ou était-ce le vent de février, très fort, en cette saison, qui m’énervait ? J’ai mis un terme à l’entretien. Je lui ai dit que j’allais me livrer à une enquête approfondie. J’ai fait signe à Mikis. Il a été très bien. Il l’a doucement raccompagnée vers la sortie…

Fin du premier épisode.

 

***

 

Si vous voulez connaître la suite, cliquez sur le lien Strasbourg, Bérénice Ohlberg. J’ai téléchargé une grande partie de son journal. À l’époque, le juge Lokias m’avait permis de le saisir et j’en avais indiscrètement mais judicieusement fait des photocopies. Je sais bien qu’on pourra me reprocher de rendre public un journal fait pour rester intime. Mais… N’en déplaise à Hannibal, je recherche la Vérité, sinon la Beauté, car… La Beauté, dans cette affaire…

Bref, Bérénice Ohlberg, vous le savez, fut un pivot dans l’affaire de Kopanas. De plus, elle était la demi-sœur d’Anaïs. À ce titre, elle mérite bien de figurer à ce point de mon enquête. Clic ! À tout de suite !

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